80% des entreprises ne sont pas prêtes pour la nouvelle révolution du packaging : et vous ?
- perspectivespack
- 16 févr.
- 4 min de lecture
Dans l'esprit des entreprises, l'emballage est l'enfant oublié. On le convoque quand tout est fini, en bout de ligne, pour habiller le produit avant qu'il ne disparaisse aussitôt dans une benne à déchets. Pourtant, sous le coup des nouvelles réglementations, ce figurant discret est en train de devenir le protagoniste principal: il ne se contente plus de "finir à la poubelle", il demande désormais des comptes aux entreprises.
Le constat est que 80% des entreprises ne sont pas prêtes pour la nouvelle révolution du packaging.
De quoi parlons nous?
Nous parlons du séisme que va provoquer le PPWR ( Packaging and Packaging Waste Regulation), la nouvelle réglementation Européenne.

Le grand malentendu
"Mon emballage est déjà recyclable donc je suis tranquille". Le PPWR ne se contente pas de cela, si votre emballage est déjà recyclable, c'est une bonne chose mais demain il faudra prouver qu'il est recyclable à grande échelle.

Pour cela une notation sera mise en place en mettant un système de note de A à E basé sur des critères stricts (matériaux, encres, colles, triabilité ...).
Seuls les emballages notés de A à C seront autorisés sur le marché à partir de 2030!
Les fournisseurs sont-ils vraiment prêts?
La réalité terrain est que nous naviguons à vue: le texte de loi principal existe depuis 2025 mais, les détails techniques, les règles du jeu précises ne sont pas toutes encore rédigées.
Une formule a été donnée comme boussole pour commencer à travailler sur le taux de recyclabilité et obtenir cette note. Dans cette formule, on parle de la masse triable et valorisable. Ce qui est "valorisable" aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain selon les critères stricts du PPWR avec la prise en compte des encres, colles, étiquettes et additifs.
Les fournisseurs ne s'occupent généralement pas d'un ensemble emballage (comme par exemple le contenant et son étiquette). Donc, quand la question leur est posée sur le fait qu'ils vont respecter le PPWR, leur réponse est bien évidemment positive mais ne concerne que leur périmètre.
Autre notion qu'introduit le PPWR: il faut incorporer de la matière recyclée sur les emballages plastique.
Selon les utilisations et les matériaux, les pourcentages de matière recyclée à intégrer ne sont pas les mêmes. Pour l'exemple, sur la matière PET en contact avec l'agro-alimentaire, le pourcentage attendu sera de 30%, tandis que sur le PE en contact avec l'agroalimentaire, ce sera 10%.
Dans les faits, introduire du recyclé, cela ne semble pas sorcier, mais:
Il y a déjà un manque de matière première et le marché est déjà tendu
Un emballage avec du recyclé n'a parfois pas le même esthétique
Un emballage avec du recyclé demande des adaptations sur les lignes de production (température, pression...)
Le fait que les fournisseurs ne soient pas totalement prêts ne relève pas d'un manque de volonté, mais d'une incertitude structurelle :
Périmètre incomplet : Ils garantissent leurs composants isolés, mais ne peuvent pas encore s'engager sur le score de recyclabilité de l'unité d'emballage finale (interaction contenant/étiquette/colle).
Brouillard technique : Ils naviguent à vue dans l'attente des critères européens définitifs qui fixeront ce qui est réellement « valorisable ».
Risque opérationnel : L'incorporation obligatoire de recyclé (10% ou 30%) reste suspendue à la disponibilité réelle des matières et aux limites des lignes de production.

En somme, les fournisseurs attendent que le cadre réglementaire se stabilise pour transformer leurs intentions en solutions certifiées d'ici 2030.
La donnée: le nerf de la guerre
Comme dans beaucoup de secteurs d'activité, la donnée va être clé.
Pour les entreprises utilisatrices d'emballage, il faudra connaitre la nature exacte des emballages, le poids exacts, l'origine de chaque composant.
Le piège des multi-matériaux: un emballage technique est souvent un "mille-feuilles" avec des couches barrières, des colles, des encres... Le défi sera donc l'isoler chaque composant au gramme près.
Aujourd'hui, 8 entreprises sur 10 sont incapables de fournir ces chiffres précisément.
Sans cette transparence, la conformité est impossible.

Les fournisseurs seront-ils capables de donner cette donnée rapidement? Probablement pas car :
Parfois le fournisseur fait appel à plusieurs sous-traitants ce qui fait qu'il va lui-même être en difficultés pour récupérer les données
Parce que les fournisseurs sont parfois réticents à donner leur fiche technique avant la commande sous couvert de secret industriel donc l'utilisateur devra acheter sans savoir ce qu'il y a dedans.
L'absence de digitalisation : Dans le packaging, beaucoup de fiches techniques sont encore des PDF statiques, voire des scans papier. Extraire la donnée "poids de la couche barrière au cm²" pour 500 références ne se fait pas d'un clic.
La saturation des services Qualité : Quand la loi va tomber, tous les clients vont demander les mêmes rapports au même moment. Les fournisseurs seront incapables de traiter l'avalanche de demandes.
C'est aujourd'hui qu'il faut agir
Ce n'est pas qu'une question de punition, mais un mal nécessaire après une ère où l'emballage n'a été que jetable.
L'action doit se faire aujourd'hui, et elle commence concrètement par la REP (Responsabilité Élargie du Producteur) qui est l'écocontribution qui sera mis sur les emballages BtoB.
Véritable bras armé financier du PPWR, l
a REP n'attend pas 2030 : elle module déjà vos coûts via des bonus/malus pour vous pousser vers les standards européens.
Anticiper votre éco-contribution, c'est déjà appliquer le règlement.
Ceux qui prennent les devants dès maintenant :
Sécurisent leurs approvisionnements avant que les prix des matières recyclées n'explosent sous la pression de la demande globale.
Maîtrisent leur rentabilité en éliminant les malus REP liés aux embal
lages complexes ou "boîtes noires" dès la prochaine déclaration.
Gagnent la confiance des distributeurs qui retirent déjà de leurs rayons les produits "à risque" réglementaire.
Simplifient leur gamme : moins de matériaux différents, c'est moins de données à collecter et des coûts de gestion réduits.
seront les entreprises qui garantiront leur place en rayon et la pérennité de leur business model face à la tempête réglementaire et qui piloteront le marché.

Note importante : Cet article n'aborde qu'une partie des exigences du règlement. Pour toute application opérationnelle, le recours aux textes sources du PPWR demeure indispensable.




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